Georges A. Bousquet

Et Mourabiti, où est-il ? Il est dans son propre atelier, un Maqâm surchauffé, malgré les courants d’air entre les toiles, entre une trentaine de tableaux, aux murs et parterre, certains achevés, signés même, d’autres attendent encore les pigments, les traits de peinture que Mourabiti vient ajouter, directement de l’œil – sans appel - à la toile.

On s’attend presque à voir des aides préparant les pigments, aidant au travail du créateur, mais non, Mourabiti est seul maître à bord : on sent pourtant chez lui la maîtrise d’un chef d’atelier des temps passés…

Ses thèmes sont, là encore, les marabouts, les paraboles, témoins antagonistes du monde où nous vivons.

Ses dernières expositions, dans les instituts Français de Marrakech et de Casablanca, ont fait l’objet de catalogues présentant sa quête « d’un monde qui se défait … et se défend (mais) encore vivable. » (Souné Prolongeau Wade).

Edmond Amran El Maleh a tracé le scénario, curieux, d’un « critique d’art dûment patenté, attendu comme le messie… »

Et la tombe de Sartre en Genêt et en Tapies, sans discerner le lien avec Mourabiti « qui peint sans clameur, sans tapage. »

Jean Jacques Beucler, écrit fort justement, que « Mourabiti poursuit son chemin à la découverte de la source première, celle de la matière… dans une mise à jour d’images architectoniques surprises dans l’infini d’un potentiel inépuisable. »

Moulim El Aroussi, lui, salue le retour du peintre à son enfance Marrakchie, à quoi « s’est ajoutée sa relation à la terre et à la nature… composante plastique essentielle de sa peinture. »

Mahi Binebine, avoue « n’avoir jamais su disserter sur la peinture ». Pourtant, ses tableaux, eux, dissertent, et il écrit, fort bien, que « l’univers de Mourabiti et le sien, bien que différents sur la forme, sont soumis aux mêmes préoccupations. Parce que les fantômes qui le hantent complotent avec les miens… »

En fin de citation, je ne peux oublier le très intéressant texte de Mostafa Chebbak pour un ouvrage commandé par la fondation SHASHOUA : Artistes Marocains contemporains (ED. Raja Belamine Hasnaoui. Londres 2007).

Mourabiti y figure parmi les 10 peintres Marocains et M. Chebbak trace « l’envol fulgurant à partir du printemps 2006, du peintre des marabouts et des paraboles où la peinture redevient, justement, fenêtre, ouverture sur le monde… où le réel se perd, le sol se dérobe. Pourtant, rien de théorique, chez Mourabiti, mais une simple mise en forme (et, peut-être de sens) de ce que nous regardons sans vraiment voir. »

M. Chebbak a très bien vu l’imperceptible, à travers les formes contrariées des marabouts et des paraboles, et le petit triptyque de Mourabiti devant lequel j’écris des lignes, se traduit aisément en présentant, d’un tableau à l’autre, ce qui s’incruste, s’évanouit ou se transforme.